Algérien·ne et Francophone: Révolution et Résilience dans la Langue de L’auteur·e

(Seminar)


French and Francophone / World Literatures (non-European Languages)

Hervé Goerger (Princeton University)

Première femme nord-africaine à l’Académie Française en 2005, Assia Djebar publie son premier roman, La Soif, à l’âge de 21 ans. Elle vient alors d’être exclue de l’École Normale Supérieure de jeunes filles de Sèvres, dont elle était la première élève algérienne, pour avoir suivi le mot d’ordre de grève de l’Union générale des étudiants musulmans algériens protestant contre la répression en Algérie. Son baptême littéraire se fait donc sous le signe de la jeunesse algérienne en France, sous le signe de la résistance, sous le signe de tensions contraires entre la France et l’Algérie ; en un mot, Fatima-Zohra Imalayène devient Assia Djebar sous le signe d’Antigone, celle qui s’oppose.

De Mouloud Mammeri à Kaouther Adimi, en passant par Kateb Yacine, Yamina Mechakra ou encore Malika Mokeddem, les auteur·e·s francophones d’Algérie, dans la même lignée qu’Assia Djebar, dépeignent la révolution, la "décennie noire" et la situation actuelle du pays en ayant pour partage un rapport à la langue complexe et mouvant. Maniant souvent plusieurs formes d’écritures — romans, poèmes, publications universitaires et/ou articles de journaux — les auteur·e·s algérien·ne·s confrontent les codes stylistiques et ouvrent la thématique de la mémoire nationale à des intertextes inédits.

Ce séminaire explorera la façon dont les auteur·e·s expriment, explicitement ou non, le choix du français comme langue d’écriture, et comment ce français se retrouve imprégné d’un matériau littéraire nouveau issu du contact avec la pratique d’autres langues par l’auteur·e. Il s’agira aussi de comparer la génération des auteur·e·s ayant vécu la guerre d’Algérie avec celle, émergente, de ses héritiers. Comment l’hybridité des langues, et avec elle, celle des littératures, marque t-elle encore l’Algérie ?

Ce séminaire explorera la façon dont les auteur·e·s algérien·ne·s francophones, contemporains et/ou héritiers de la révolution algérienne, expriment et explorent le choix du français comme langue d'écriture, imprégnée par ce choix-même d'un intertexte inédit et mouvant.
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